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Lettre ouverte à Monsieur le Président de la Confédération Nationale du Tourisme : Pour une « Durabilité touristique marocaine réinventée afin de passer d’une économie de volume, à une régénération touristique nationale »

31 Mars 2026
Affaire : Lettre ouverte à
Monsieur le Président de la Confédération Nationale du Tourisme

À l’attention de Monsieur Hamid BENTAHAR,
Président de la CNT et du CRT Marrakech-Safi.

Monsieur le Président,

Cher Hamid,

J’ai eu l’occasion d’assister au 1er webinaire de la Commission Tourisme Durable de la CNT de ce 13 Mars, et découvrir ainsi que les orientations du « Momentum 2030 », témoignent effectivement d’une vitalité indéniable. Cependant, l’analyse des trajectoires actuelles révèle une dissonance critique entre l’affichage « d’une ambition durable » et le maintien d’un logiciel économique hérité du XXème siècle, axé prioritairement sur le volume et l’offre à la place d’un qualitatif durable !

Je relève en cela dans la présentation et plans d’actions de la Commission de la CNT du tourisme durable, une durabilité pensée en le sens unique d’une « priorité stratégique » déterminant les contradictions, entre intentions et plans d’actions de la commission durabilité, révélant du moins les lacunes critiques par rapport à ce qu’est, notre vision du national, de ce qu’est « une question existentielle industrielle pour le tourisme Maroc » ayant à comprendre les territoires soutenables dans ce constat, afin de passer :

  • d’une « durabilité cosmétique » à une « durabilité structurelle » !

Pour notre part nous ne pouvons envisager qu’une durabilité qui se doit d’inclure la protection de la biodiversité, la sauvegarde des savoir-faire ancestraux, et le Pays n’étant qu’un, sans oublier la lutte contre la désertification, par la gestion de l’eau, par la géo agroécologie, et pour cela en agissant en transversalité auprès des services nationaux intéressés.

Les plans de la commission ne semblent n’avoir qu’à se concentrer sur la labellisation environnementale (gestion de l’eau, énergie dans les hôtels pour ce que sont les labellisations, (etc.) ce qui nous apparait comme une faille pour n’être en cela :

  • qu’une vision de « réduction des nuisances » et non de « créations de bénéfices écosystémiques » !
  • qu‘un défi évoquant le capital humain uniquement par « une vision extractiviste », et non le réel « défi titanesque d’avoir à préparer les 250 à 400 000 emplois nécessaires pour 2030 » cela n’étant présenté qu’en programmations partielles ou sous un angle « de productivité »

La contradiction se porte certes sur une volonté de valoriser le capital humain, mais uniquement en le formant « pour servir un modèle standardisé ».

Pour notre part, nous considérons en cela :

  • le risque certain de voir une standardisation des services qui gomme l’identité culturelle marocaine au profit de « normes internationales désincarnées ».
  • Aussi tout en le répétant par expérience, mais aussi par connaissance du terrain, nous confirmons que le capital humain est celui du guide local, de l’agriculteur et de l’artisan en leurs qualités réelles de médiateurs pour être durable.
  • qu’il ne s’agira plus de « former pour servir », mais bien de « transmettre pour préserver et partager » et définissons ainsi que, sans l’intégration immédiate d’une « boussole de durabilité réelle », pensée et mise en œuvre pour ce qu’elle doit représenter, le moteur touristique marocain s’expose à « une asphyxie structurelle dès 2030 » !

Cette présente note fait suite à nos divers rappels visant à participer à redéfinir les enjeux de cette souveraineté touristique de demain !

En cela nous ne pouvons que rappeler les définitions et obligations internationales qui définissent que le Maroc est soumis, pourconserver sa compétitivité sur l’échiquier mondial (Méditerranée, Afrique, etc.), au fait qu’il se doit d’appliquer impérativement une vision parfaitement alignée sur les standards de l’ONU et de l’OMT tout en les dépassant, cela pour ne pas vendre son âmeo !

Des obligations qui font que :

  • l’Industrie touristique marocaine en ses obligations nationales ne doit plus être qu’une simple industrie extractrice de devises.
  • selon les nouvelles directives internationales, elle est une « industrie de services à responsabilités territoriales ». Son obligation n’est plus seulement la croissance du PIB, mais bien « la préservation du capital naturel et culturel qui constitue le fonds de commerce National et non pas celui uniquement des Professionnels ».
  • le Développement durable dans un contexte de polycrise (climatique, hydrique, sociale), mais également dans un contexte de stabilité mondiale (Crise du Moyen et Proche Orient après la Covid le rappelant une nouvelle fois), fait que le développement durable ne peut plus être une « option cosmétique ou une simple réduction de nuisances » (telles les économies d’énergie en hôtel).
  • ne doit plus être, ce qui risquerait bien malheureusement d’arriver ces prochains jours, et qui en fait se concrétise aussi bien par les déclarations ministérielles que de celles de l’ONMT par ces déclarations relatives à cette crise (certainement durable) des Proche et Moyen Orient en ce nouvel appel au tourisme interne qui, relégué de nouveau en tant que roue de secours aurait « POUR LA ENIEME FOIS à être défini comme sujet de résilience , uniquement rappelé et renaissant lors des problématiques conjoncturelles » !

DES OBLIGATIONS QUI DEVIENENT UN IMPERATIF DE RESILIENCE, NON PLUS EN OBSOLESCENCE, MAIS BIEN EN UN BESOIN DISRUPTIF !

La concurrence internationale se joue désormais sur la capacité d’un pays à offrir des destinations     « sûres, authentiques, éthiques et durables par des choix clairement assumés ».

Par ma participation en la CNT, FNIH et CRT, j’ai toujours eu à rappeler pour ces deux décennies passées, cette tendance à l’oubli des professionnels à ce que la « Durabilité Touristique se devait d’être rattachée en ses trois piliers fondamentaux qui la justifient et qui se doivent d’être les fers de lance du tourisme de demain » !

  • A savoir l’emploi, qui pour cette industrie se doit de passer de la formation de « servants en exécutions de flux » à celles « d’experts en médiations nationales et territoriales » et ce, en quantités suffisantes ! Les rapports humains d’aujourd’hui comme pour ceux de demain ont à devenir les gardiens du patrimoine, et non plus « de simples rouages industriels sans âme » !
  • A savoir par l’économie sociétale, les professionnels du tourisme doivent accepter que le tourisme « par la transversalité qu’il représente, a cette obligation de générer une valeur redistribuée aux métiers du tourisme anciens comme pour ceux, nouveaux et non reconnus, mais aussi pour ces communautés locales notamment dans le monde rural, ces arrière-pays des hubs régionaux », cela pour freiner l’exode rural et valoriser les savoir-faire !

« C’EST LOIN D’ETRE LE CAS ACTUELLEMENT » POUR ETRE DEVENU ET RESTE, CE QUE SA MAJESTE LE ROI A DEFINI « DE TERRITOIRES A DEUX VITESSES ».

  • A savoir considérer la croissance qualitative en descroissances mesurées à l’aune de la capacité de charge de chaque territoire, garantissant la pérennité des ressources pour les générations futures en sachant reconnaitre que les mannes financières allouées à des développements industriels en des zones défavorisées, effectivement créatrices d’emplois ne représentent pas du développement territorial, mais d’une certaine manière plutôt de l’exode rural,
  • demandant en cela à nouveau à ce qu’une redéfinition des participations financières des régions favorisées envers celles défavorisées soient effectivement redéfinies à leurs justes valeurs !

C’est en ce sens, et c’est loin d’être la première fois, que j’appelle, (et donc rappelle), à la nécessité d’un nouveau paradigme touristique définissant le choix de « l’innovation contre le rétroviseur »

Le risque majeur pour la CNT est « de continuer de regarder dans le rétroviseur en reproduisant ces modèles de masse qui ont montré leurs limites ailleurs » !

Tel le risque des projets de la SMIT, qui est de « générer à nouveau des projets appelés à devenir « des Low-Cost dans la décennie à venir »» en ne faisant que se positionner, avec les outils proposés datant déjà dans leurs concepts des années 60/70, dans une concurrence frontale avec ces nombreux cas de réalisations internationales actuelles !

Ces manques d’imagination et d’innovations prospectives en un monde qui change très vite peuvent démontrer, les incapacités, les impossibilités de rentabilités durables de ces nombreux produits touristiques face à ceux ayant déjà résolus depuis des décennies « ces nombreuses interrogations qui freinent trop facilement toutes tentatives et volontés d’innovations en des milieux trop fermés à la création » !

Nouveaux projets qui existent déjà en d’autres cieux, prouvant toutes capacités à pouvoir valoriser et rentabiliser de manière inclusives et intégrées ce que pourrait être la croissance future du tourisme marocain, ce que nous prouvons de notre côté par nos initiatives sans avoir à être écouté ! 

Aussi, pour moi comme pour beaucoup de voix silencieuses !

« L’avenir du Tourisme Marocain, à l’échelle des Visions Royales, se doit de s’orienter dans une disruption constructive durable et cognitive » !

  • en sortant de la standardisation, car l’innovation et la création ne résident absolument pas dans la multiplication des lits, mais bien d’une part, dans la création d’expériences susceptibles d’améliorer « la durée des séjours » car d’autre part, basées sur les valeurs vernaculaires, culturelles et patrimoniales non seulement préconisées par l’OMT, l’ONU etc., mais réclamées déjà depuis longtemps par la clientèle étrangère et depuis trop longtemps, par la clientèle marocaine !
  • par l’intégration de la transversalité, le tourisme d’hébergement devant cesser de fonctionner en silo.
  • Elle doit s’articuler entre les hubs, et les besoins territoriaux avec l’agriculture (Géo-Agro-Écotourisme), l’artisanat et la gestion environnementale afin de répondre aux équilibres économiques du développement, le Maroc ayant et, devant également gérer pour encore deux décennies minimum son exode rural !
  • par la valorisation de ses arrière-pays, les mondes ruraux, montagnards et désertiques n’étant en rien des « animations des périphéries », mais bien le cœur battant de l’identité marocaine.

C’EST LA QUE SE JOUERA LA VERITABLE « DURABILITE TOURISTIQUE MAROCAINE DURABLE 2030-2040 »

Ces rappels Monsieur le Président de la CNT et Président de la Commission du développement durable car, pour avoir à maintes reprises fait valoir ces besoins avec bien d’autres, nous sommes à même de faire ces critiques qui se veulent constructives certes, mais définies aussi comme réelles faute de respect de ce « BeaBa », pour en faire à nouveau une synthèse opérationnelle issue de « nos expériences de terrain en territoire soutenable », en tant que « pôle de compétitivité », en tant que « laboratoire du réel » !

En cela nous définissons que là, où la CNT théorise et semble ne pas vouloir entendre, en tant que Territoire soutenable nous ne pouvons que faire le constat de l’inaction totale du trio, Ministériel, CNT, et SMIT, cela hormis quelques tentatives locales non ciblées, car plutôt privées, plutôt que comme actions nationales !

En ce sens et de nouveau, cette démarche a pour but de vous proposer d’agir « en tant que correcteurs stratégiques aux plans d’actions actuels », en considérant que ce qui est, et qui a donné les résultats que l’on reconnait, auront été « les conditions nécessaires, mais hélas insuffisantes car bien incomplètes » et qui se doivent de faire l’objet d’améliorations, encore et encore, sachant convenir en cela que tout reste à faire !

  • cela de la théorie à l’action en des territoires oubliés, qui sans aucune aide et reconnaissance peuvent démontrer par des outils pilotes, par des indicateurs comparables aux hubs régionaux et ceux nationaux « qu’une intégration géo-éco-touristique est possible, rentable, durable et protectrice de l’environnement » tout en créant une économie territoriale par de l’emploi local et « effets de régulation de l’exode rural ».
  • et pour cela réclamons « souveraineté et régénération touristique nationale comme régionale » prônant un « contrat de régénération » faisant acte « d’initiatives bottom up et non parachutées »

«Le tourisme se doit d’avoir à rendre en transversalité aux territoires plus qu’il ne leurs prend ».

C’est la condition sine qua non pour éviter l’asphyxie sociale et environnementale promise par « un modèle actuel qui n’a à se concentrer que sur de purs et simples volumes omettant en cela ses responsabilités nationales ».

Aussi, Cher Hamid, par la présente j’ose confirmer que la CNT possède « le moteur du Momentum 2030 », mais qu’elle n’en détient nullement en ces plans d’actions suggérés « la boussole au sens touristique durable ».

J’insiste pour dire que sans une convergence de ces deux forces, le Maroc risque de rater son rendez-vous avec 2030, en devenant une destination générique là où il a le potentiel d’être une référence mondiale de durabilité d’excellence !

Il est grand temps de passer « d’une durabilité d’affichage » qui aura fait son temps, frisant le Green Washing à « une durabilité de structure, inclusive et transversale, unissant les professionnels, le politique et les forces vives des territoires ».

Restant à votre entière disposition pour évoquer et approfondir ces solutions possibles

Très cordialement,

Patrick SIMON   – Tata le 31 Mars 2026

Président de l’AMDGJB / TSGJB