« La Palme de l’Oasis 07 » QUELS SONT LES REELS EQUILIBRES : ENTRE DEVELOPPEMENT NATIONAL ET DEVELOPPEMENTS RURAUX ET OASIENS
(Compte tenu de l’état réel des options choisies de luttes contre changements climatiques et stress hydriques)
Faisant le constat amer des réelles conséquences du changement climatique de ces mois de Septembre et Octobre 2024 au Sud Maroc, on ne peut que se demander comment interpréter cette décision du Maroc de se consacrer principalement en effet sur le recours massif au dessalement d’eau de mer ! Cela n’est certes pas un choix anodin, mais une réponse stratégique à une contrainte de plus en plus sévère. Le stress hydrique, exacerbé par les changements climatiques, menace directement les piliers économiques, agriculture en tête, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau potable des populations urbaines croissantes et le développement industriel. De plus, face à la raréfaction des ressources conventionnelles des eaux de surface et souterraines, l’eau de mer apparaît comme pour beaucoup d’autres pays une ressource quasi illimitée, bien que son traitement soit très coûteux.
Le Maroc cherche bien entendu en cela à sécuriser son approvisionnement en eau, ressource fondamentale pour toutes activités économiques et pour la stabilité sociale en réduisant sa dépendance vis-à-vis des aléas climatiques, ce qui lui permet de soutenir sa planification et sa volonté de souveraineté en développements de secteurs stratégiques, y compris l’industrie, notamment minière, potentiellement gourmande en eau, (comme pour le traitement des phosphates ou des terres rares), une agriculture à plus haute valeur ajoutée ou moins dépendante de la pluie, son tourisme dans son ascension et résilience.
Dessalement de l’eau de mer pour l’approvisionnement en eau potable des villes mais également de l’agriculture, défini désormais comme l’une des meilleures solutions pour remédier à la crise de l’eau. Actuellement le Maroc les stations de dessalement sont au nombre de 12 ! Elles devraient être au nombre de 18 d’ici à 2030 ! En 2025, il existe 11 stations dont 3 pour l’industrie et sur les 8, celle d’Agadir a été également programmée pour des approvisionnements pour l’agriculture. Pour 2030, neuf autres stations sont programmées dont 4 pour l’eau potable !
Sur ces 20 stations 53% de la production sera pour l’eau potable, 23 % pour l’irrigation et 24 % pour l’industrie.
A terme, à partir de 2030 cela devrait correspondre à un milliard trois cent millions de M³(1.MM³M³) qui auront à être traités par an, soit 3Millions 365 M³ de dessalement par jour !
Aussi si l’on considère que le taux moyen de la salinisation atlantique comme en méditerranée est de 30mg/M³ l’on peut d’ores et déjà définir que la production saline sera de 39Millions de m³ de sel ! représenté en traitement, en double de volume de saumure à rejeter en mer :
*-Soient 78 millions de M³ de sel à rejeter en mer sur les fonds marins CHAQUE JOUR !
Il va de soi qu’il s’avère nécessaire de considérer une réponse stratégique et une nécessité impérieuse à cette contrainte majeure, cela sans pouvoir écarter les enjeux et risques liés à ce que risque d’être une focalisation sur le dessalement !
En tout premier lieu, il y a ce « point aveugle » de ce que sont les impacts environnementaux secondaires tel celui du rejet journalier précité concernant le volume de saumure qui souligne l’un des défis majeurs qui ne peut être ignoré. Rejets de Saumure mais aussi et surtout la concentration de sel, (double du volume du sel traité) et potentiellement la température plus élevée de l’eau rejetée, mais aussi les résidus chimiques issus des prétraitements qui auront à coup certains, des impacts significatifs sur les écosystèmes marins côtiers (prairies de posidonie, zones de reproduction de poissons, etc.). Cela ne pourra qu’affecter directement le secteur de la pêche, un autre pilier économique et social important, notamment pour les communautés côtières et sans oublier le monde oasien exclu.
*- S’il est bon de considérer les points favorables que le Maroc se donne avec ses capacités de traitements en énergies renouvelables pour un dessalement qui est très énergivore, l’on ne peut ignorer les impacts socio-économiques que ces traitements occasionnent par le coût de production de l’eau dessalée qui est nettement supérieur à celui de l’eau conventionnelle. Les répercussions sur le prix de l’eau potable pour les citoyens, restent des questions centrales sur la compétitivité de l’agriculture irriguée (même si l’eau est subventionnée, cela a un coût pour l’État) et sur les coûts de production industriels
*- Si l’eau dessalée permet de sauver certaines productions agricoles, son coût risque d’orienter l’agriculture vers des cultures à très haute valeur ajoutée, cela certainement potentiellement au détriment des cultures vivrières et des petits agriculteurs, moins capables d’investir ou de supporter des charges élevées, des secteurs oasiens non inclus pour l’instant dans cette stratégie !
*- Si la qualité des eaux de baignade et l’esthétique du littoral sont des atouts majeurs pour un tourisme de plus en plus demandé ces dernières années grâce à une résilience reconnue et affirmée, il s’avère que des rejets mal gérés ou la présence de plus en plus visible d’infrastructures industrielles pourraient avoir un impact négatif pour l’avenir du développement touristique marocain. Et l’on voit et pouvons entrevoir ainsi que si le dessalement peut contribuer à maintenir une activité agricole et donc freiner l’exode rural dans certaines zones, il créé cependant aussi des besoins en main-d’œuvre qualifiée pour la construction et l’exploitation des usines, ce qui nécessite des programmes de formations adaptées, des formes de développement par le bas. L’impact net sur l’emploi rural traditionnel versus les nouveaux emplois technologiques se doit en cela d’être évalué afin de réguler exode rural et emploi !
L’absence (ou l’insuffisance) d’études d’impact intégrées interroge sur ces équilibres en développements national et territorial. Notre préoccupation est vive et nous semble des plus légitimes car estimons ne pas deviner et comprendre en quoi une stratégie correspondant à l’ampleur de la souveraineté qu’exprime le Maroc pour son développement a réellement été définie pour impérativement reposer sur des études d’impact environnemental et social (EIES) approfondies !
EIES menées en amont pour chaque projet majeur, mais aussi en tant qu’évaluation stratégique globale des impacts cumulés de l’ensemble du programme de dessalement national.
Ces études se doivent, d’analyser les effets sur l’environnement marin, terrestre et atmosphérique, d’évaluer les conséquences socio-économiques sur les différents secteurs (pêche, agriculture, tourisme, industries) et sur les populations locales, prendre en compte les effets induits en urbanisation autour des nouvelles ressources en eau, modification des pratiques agricoles, etc., comparer les alternatives sur la réutilisation des eaux usées traitées, l’amélioration drastique de l’efficience des réseaux et de l’irrigation, collecte des eaux de pluie, gestion de la demande, proposer des mesures d’atténuation et de compensations claires et financées et enfin, globalement inclure un plan de suivi rigoureux en aval par des médiateurs territoriaux formés à cet effet.
L’omission ou la superficialité de ces études fait courir le risque de découvrir a posteriori des conséquences négatives graves, coûteuses à corriger, si tant est qu’elles soient corrigibles, et qui pourraient compromettre d’autres pans de l’économie ou de l’environnement, voire la durabilité même de la stratégie puisqu’elle ne semble pas considérer les différentiels existants entre milieux urbains et ruraux, oasiens, entre milieux culture/nature, balnéaire, city break pour ce qui est de cette industrie touristique à construire.
L’alternative n’est pas de renoncer au dessalement, qui devient une composante nécessaire, mais de ne pas en faire l’alpha et l’oméga de la politique de l’eau. Il faut le réinscrire dans un portefeuille de solutions diversifiées, où la connaissance fine des besoins réels et des impacts avec pilotage effectif et équilibré des investissements. La priorité doit être donnée à la maîtrise de la demande et à l’efficacité dans un respect des définitions des équilibres éco sociétaux résultant de la régionalisation avancée pour considérer ces équilibres territoriaux et nationaux, car chaque mètre cube qui aura ainsi à être économisé sera le moins cher et le moins impactant.
Par ailleurs, il faut exploiter tout le potentiel des alternatives comme la diversification des ressources alternatives pour compléter le dessalement avec la « Réutilisation Accélérée des Eaux Usées Traitées (REUT) » cela tout en tenant compte des éléments cultuels qui se rattachent à de telles adaptations. Enfin, tout cela doit s’accompagner d’une adaptation des secteurs économiques et d’un effort majeur sur les compétences en adaptations et formations pour accompagner le changement par des adaptations de filières pour accompagner la transition agricole vers des systèmes plus résilients et moins dépendants de l’eau. Orienter le développement industriel et minier en tenant compte, dès l’origine de la contrainte hydrique dans les choix technologiques et de localisation. En inclusions et intégrations pour en garantir les succès, en développements des attraction, attractivité et image d’un tourisme plus durable et moins consommateur en eau.
Cette approche inclusive et intégrée fait défaut, mais bien que complexe à mettre en œuvre, elle est la seule garante d’un développement réellement durable et souverain face au défi hydrique. Elle permettrait d’ajuster plus finement le dimensionnement (et donc les coûts et les impacts) à la gestion de l’eau, comprenant un programme de dessalement aux besoins résiduels, une fois toutes les autres marges de manœuvre exploitées.
C’EST SUR CES REALITES ET CONSTATS QUE NOUS POSONS LA QUESTION SUR CE QUOI DOIVENT ETRE LES REELS EQUILIBRES ENTRE DEVELOPPEMENT NATIONAL ET DEVELOPPEMENTS RURAUX ET OASIENS AFIN D’ASSURER CES EQUILIBRES ECO SOCIETAUX DU MAROC DE DEMAIN
Car pour être percutant, il faut traduire les constats techniques en risques stratégiques concrets et chiffrables qui touchent directement les budgets nationaux comme régionaux et la stabilité du pays. CE QUE NOUS NOUS PERMETTONS DE DEFINIR EN MESSAGE CLE TRANSVERSAL :
*-« Investir massivement dans le dessalement avant d’avoir les résultats d’études d’impacts ciblées, de savoir précisément en ces manquements en eau, quelles sont les ratios régions/populations à développer en eau avec les conséquences éco sociétales en résultant, définissant qui a besoin de combien d’eau, à quel prix acceptable, et quels seront les dommages collatéraux ! C’est par cela prendre un pari économique, social et environnemental extrêmement risqué pour l’avenir du Maroc. »
DE DEFINIR EN ARGUMENTS PAR FILIERE SUR CES RISQUES EN CAS D’ABSENCE D’ETUDES EN BESOINS/IMPACTS APPROFONDIES :
*-« Agriculture (Sécurité Alimentaire, Stabilité Rurale, Exportations) : »Financer des usines de dessalement sans garantir que l’eau produite sera économiquement viable pour nos agriculteurs (même subventionnée), c’est risquer une faillite silencieuse de milliers d’exploitations, une aggravation de l’exode rural et une dépendance alimentaire accrue. C’est fragiliser notre premier secteur d’emploi.
C’est de la perte de compétitivité à l’export, des tensions sociales dans les campagnes, une remise en cause des objectifs de souveraineté alimentaire. »
« On risque de construire des cathédrales d’eau dans un désert agricole incapable de la payer. »
*-« Industrie & Mines (y compris Terres Rares) (Compétitivité, Investissements, Souveraineté Industrielle). « Promettre l’eau aux nouvelles industries (mines, terres rares, Gigafactories) sans étude préalable de leurs besoins réels et de l’impact cumulé sur les ressources locales (même dessalées), sans inclusion et intégration des populations, c’est créer une bombe à retardement, des conflits d’usage avec les autres secteurs, des coûts imprévus qui plombent la compétitivité, et risque de désengagement des investisseurs face à l’incertitude.
Ce sont des projets industriels non viables ou retardés, des pertes d’attractivités pour les IDE stratégiques avec remise en cause de la souveraineté sur les ressources (si l’eau devient le facteur limitant). »
« Sans cartographie des besoins et impacts, l’eau ‘garantie’ à l’industrie pourrait devenir le goulot d’étranglement de toutes ambitions. »
*-« Tourisme (Image du Maroc, Recettes Devises, Emplois) « Multiplier les usines de dessalement et leurs rejets de saumure sans études d’impact rigoureuses sur les écosystèmes marins et le paysage littoral, c’est saper directement le capital touristique.
Une dégradation des plages ou de la biodiversité marine (visible ou invisible) peut détruire la « marque Maroc balnéaire » et ruiner des milliers d’emplois dans ce secteur vital, des baisses de la fréquentation touristique, des pertes de recettes en devises, une dégradation de l’attractivité des zones côtières, des conflits avec le secteur de la pêche artisanale. »
« Négliger l’impact du dessalement sur nos côtes, c’est risquer de transformer notre ‘vitrine bleue’ en arrière-cour industrielle. »
*-« Pêche (Ressource Économique, Emplois Locaux) « Ignorer l’impact potentiel des milliards de tonnes de saumure concentrée rejetées quotidiennement sur les zones de reproduction et de pêche côtière, c’est jouer avec le feu. On risque un effondrement local des stocks halieutiques, la ruine de communautés de pêcheurs déjà fragiles et l’importation de tensions sociales graves, ce qui détermine une perte de revenus pour les pêcheurs, une menace sur une ressource protéique locale, des agitations sociales. »
« Protéger l’eau douce en sacrifiant la richesse de la mer est un très mauvais calcul pour nos côtes. »
EN CONCLUSION DANS L’INCOMPREHENSION, LA NON INCLUSION, NON INTEGRATION DE
CES PROBLEMATIQUES NATIONALES EMERGENTES, NOUS DEFINISSONS :
L’existence de risques Transversaux qui découlent de ces non partages
*- « Investir des milliards dans des infrastructures surdimensionnées ou mal localisées faute d’analyse fine des besoins déterminent des gaspillages de fonds publics, un endettement inutile et des potentiels d’éléphants blancs coûteux en maintenance. »
L’existence de risques énergétiques
*-« Augmenter massivement la demande énergétique pour le dessalement sans sécurisation totale par les renouvelables détermine une explosion de la facture énergétique nationale, vulnérabilité accrue pour une partie non renouvelable aux prix des énergies fossiles, véritables contradictions avec les engagements climatiques du Maroc. »
L’existence de risques de gouvernance :
*-« Prendre des décisions d’une telle ampleur sans transparence sur les impacts et sans consultation approfondie des parties prenantes que sont agriculteurs, pêcheurs, industriels, citoyens définit une érosion de la confiance publique, des contestations locales et une remise en cause de la légitimité des projets. »
Rappelant que le monde rural couvre jusqu’à 90% du territoire marocain, 40% de la population nationale et regroupe 85% des communes, en cela nous définissons en tant qu’acteur de terrain en développement territorial au Sud Maroc du « Territoire Soutenable Du Géoparc Jbel Bani » (TSGJB) que nous gérons avec l’Association Marocaine de Développement du Géoparc du Jbel Bani (AMDGJB) qui couvre les limites géographiques du « Bassin Versant du Drâa Guelmim Noun » depuis 2012 :
*-que l’ensemble de ces points développés ignore encore l’économie oasienne et l’exode rural !
*-que l’urgence hydrique est certes réelle mais qu’aussi, la précipitation sans analyse complète tenant compte des besoins en équilibres régulateurs de l’exode rural, de l’économie oasienne entre les territoires ruraux et l’urbain, en sa globalité est et sera la pire ennemie de la durabilité rurale !
*- que prendre le temps maintenant d’évaluer précisément les besoins et les impacts par secteur n’est pas une perte de temps, c’est une assurance contre des échecs coûteux pour demain !
*- c’est garantir que chaque dirham investi dans l’eau serve réellement et durablement le développement de toutes les filières et de tous les Marocains.
OPTONS DONC POUR UNE STRATEGIE HYDRIQUE ECLAIREE,
ET NON PAS POUR UN PARI QUI SEMBLE POUR BEAUCOUP DEMEURER « ËTRE A L’AVEUGLE »
Patrick SIMON – Président AMDGJB – 03 Avril 2025
