MAROC 2035-2040 NOTE DE HAUTE ANALYSE STRATÉGIQUE
Par Patrick SIMON
TOURISME 2035-2040
NOTE DE HAUTE ANALYSE STRATÉGIQUE !
De la réunion restreinte de Marrakech à l’impératif d’ouverture, l’on ne peut que s’interroger sur le fait que, pour une première réunion avec principalement le microcosme des chaînes hôtelières, celle-ci ait pu se faire sans avoir à se poser de nouveau la question sur le fait que cela puisse confisquer la vision novatrice du Ministre du Tourisme au détriment du monde rural et de la classe moyenne !
*- CAR IL Y A UN ESPOIR CERTAIN SOULEVE PAR LE PREMIER DISCOURS D’INTENTION DU MINISTRE DU TOURISME
Lors de sa première prise de parole publique télévisée le 28 octobre 2026 en effet, Monsieur Jalal Charaf, Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, a tracé avec justesse et lucidité les grandes lignes d’une ambition qui dépasse enfin les seuls indicateurs conjoncturels.
En affirmant d’emblée que la Coupe du monde 2030 n’est pas une fin en soi, mais bien un simple accélérateur vers un horizon bien plus vaste, le Ministre a posé les quatre piliers que l’ensemble des forces vives de la nation attendait :
- l’intégration pleine et entière du tourisme rural et de montagne comme moteur de croissance et de justice sociale au profit direct des habitants,
- la reconquête du tourisme interne et de la classe moyenne marocaine, en reconnaissant avec franchise, que les tarifs actuels sont trop élevés pour les familles nationales, qu’il est impératif de les faire baisser tout en élevant la qualité des prestations,
- l’effort massif de formation des jeunes au cœur des territoires, pour garantir une économie durable où les visiteurs reviennent, parce que l’accueil y est authentique et professionnel,
- la diversification des circuits et des expériences bien au-delà des seules infrastructures hôtelières classiques en ces mondes urbains et balnéaire.
Ce discours d’intention a posé un diagnostic exact, en phase totale avec l’exigence Royale du 9 octobre 2026 commandant de mettre fin au développement à deux vitesses, ainsi qu’avec la feuille de route gouvernementale du 19 octobre 2026 plaçant la famille, l’emploi des jeunes et l’équité territoriale au sommet de l’action publique.
LE CONTRE-SIGNAL DE MARRAKECH
Or, la première réunion de concertation tenue à Marrakech risque d’envoyer un signal exactement inverse à cette ouverture annoncée. En se limitant à un cercle restreint d’une quarantaine d’acteurs représentant quasi exclusivement les grandes chaînes hôtelières et les opérateurs historiques des métropoles, cette rencontre a laissé à la porte l’immense majorité de ceux qui font et préparent le tourisme marocain dans sa diversité, les métiers, autres que ceux officialisés par la Loi et qui font partie prenante de l’industrie touristique avec digital, communication, animation (liste non exhaustive !), métiers autres que les chaines pour tous ces outils qui concernent écolodges, riads, résidences et hôtels touristiques et autres, de la chaîne de valeur, cela aussi bien en urbain que pour le balnéaire, les montagnes et déserts. Car ces opérateurs du monde rural et oasien, les aménageurs de terroirs, ainsi que la multitude d’investisseurs privés nationaux, des PME familiales et d’entrepreneurs, sont aussi prêts à se consacrer au tourisme interne, à s’engager hors des sentiers battus, et sont parties intégrantes et inclusives pour l’atteinte des résultats énoncés.
Il importe ici de poser un principe de réalisme économique qui est celui, d’accompagner et de prolonger un modèle arrivé à maturité, voire en voie d’obsolescence ! C’est une démarche positive et légitime, tant qu’il s’agit de faire durer ce qui a marché et continue de fonctionner pour le tourisme étranger classique dans les grands centres urbains et balnéaires.
Consolider cet acquis pour répondre aux engagements internationaux du Royaume à l’horizon 2030, relève d’une saine gestion de l’existant.
Mais le danger certain pour l’avenir du tourisme marocain réside ailleurs, il réside de ce que l’on appelle en gestion, de savoir consolider cela, tel que l’a défini Monsieur le Ministre, en affirmant d’emblée que la Coupe du monde 2030 n’est pas une fin en soi, mais un simple accélérateur vers un horizon bien plus vaste !
Il serait dommageable par obsolescence, que seul ce club fermé puisse continuer, en l’absence d’une Haute autorité Touristique, de contrôler à dicter seul la feuille de route nationale du tourisme, ce qui reviendrait à condamner le Ministère à répéter les impasses du passé.
L’on comprend que ce microcosme urbain et côtier reste prisonnier de ses propres grilles de rentabilité immobilière et de ses habitudes corporatistes, qu’il ne possède ni la vocation, ni la culture, ni les outils pour répondre aux deux urgences vitales énoncées par le Ministre lui-même à savoir :
- offrir des vacances accessibles aux familles de la classe moyenne marocaine et,
- structurer le développement du monde rural.
LA LEÇON DE VINGT ANNEES D’IMPASSES INSTITUTIONNELLES CE QUI ARRIVE LORSQUE L’ON ECARTE LES ACTEURS DE TERRAIN !
- l’illusion des labels sans projet intégré, cela comme l’ont démontré les travaux universitaires de référence du Professeur Mohamed Berriane et de ses collègues sur la construction des destinations d’arrière-pays à l’exemple de la « Vallée des Roses » et de l’abandon de fait des anciens Pays d’Accueil Touristiques (PAT), car on ne construit pas une destination rurale durable par des slogans, du bétonnage de bourgs ou un simple tourisme de passage d’une nuit. Sans une véritable « Destination-projet » unifiant l’humain, l’architecture vernaculaire, l’autonomie économique et la gouvernance locale, l’arrière-pays reste un décor traversé sans retombées durables pour ses habitants.
- l’échec des agences verticales sourdes au dialogue, tel celui de ces vingt années d’interventions descendantes dans le Sud, qu’il s’agisse des impasses passées de l’Agence du Sud (APDS), qui a marginalisé des provinces entières (telle celle de Tata) dans ses arbitrages budgétaires tout en multipliant des opérations de façade. Tels ces plans d’actions de l’Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA) qui, entre 2013 et 2026, malgré ses capacités transversales interministérielles, n’aura eu pour seule mission que sur la seule gestion agricole classique sans jamais envisager de se pencher sur les gestions de l’eau et ou même de produire des modèles écotouristiques Bottom-Up d’accompagnement au monde vernaculaire rural. Nous avons eu d’ailleurs à l’interpeller pour ce qui pourrait être avec l’ensemble des plantes médicinales endémiques recensées pour le TSGJB l’opportunité de se pencher sur des cosmétiques verts pour en prendre une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) au niveau mondial. Ces exemples ne font que prouver, qu’aucune administration, ni aucun cartel de grandes chaînes, ne peut réussir le développement territorial en refusant le dialogue avec les porteurs d’ingénierie locale sans considérer ces besoins en transverslaité.
C’est précisément ces refus d’écouter sa classe moyenne, les acteurs de terrain qui ont creusé le fossé du développement à deux vitesses que Sa Majesté le Roi ordonne aujourd’hui de combler.
L’ALTERNATIVE IMMEDIATEMENT OPERATIONNELLE
LA DISRUPTION MAITRISEE DES TERRITOIRES SOUTENABLES !
Pendant que le microcosme habituel défend ses parts de marché dans les métropoles, des solutions de disruption constructive existent, fonctionnent et ont fait leurs preuves sur le terrain.
Fort de plus de vingt à trente années d’engagements opérationnels ininterrompus, un ensemble d’acteurs ont osé relever ces défis en démontrant les réalités de ces niches autant reconnues au plan mondial que le tourisme de masse et de chiffres, répondant en premier à ces recommandations de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), de l’ONU, et de la Banque Mondiale sur les risques évidents des surtourismes, mais aussi des tendances croissantes des besoins en expériences touristiques culture/nature. Que penser de Dakhla ?
A Tata et dans ses annexes oasiennes de Tissint, le Pôle de Compétitivité de l’Association Marocaine de Développement du Géoparc Jbel Bani (AMDGJB), qui gère le projet pilote du Territoire Soutenable du Géoparc Jbel Bani (TSGJB), depuis 2015, démontre des indicateurs, à son échelle locale, supérieurs à ceux nationaux bien que ne bénéficiant d’aucun soutien de structuration et de marketing et branding local, provincial, régional et national, ce qui pourtant n’impose aucune théorie hors-sol. Il apporte au Gouvernement et au Ministre du Tourisme une architecture prête à l’emploi, par ses contacts récurrents avec les géoparcs mondiaux, le monde universitaire et professionnel, par des les reconnaissances HCP, CESE, et plans d’actions déjà validé dans sa faisabilité devant les instances provinciales.
Or, le constat récent démontre des choix qui se font pour des zones non préparées ! Nous réitérons et corroborons par l’histoire récente de l’aménagement touristique et territorial au Maroc, qui démontre avec dureté ce qu’a produit ces capacités de décision Top Down, par des cercles technocratiques ou corporatistes coupés du terrain.
À l’opposé des modèles lourds, coûteux et exclusifs des grandes chaînes, l’approche du TSGJB démontre qu’il est immédiatement possible d’engager une rentabilité supérieure à court, moyen et long terme parce qu’elle traite à la racine les vrais défis du pays et confirme que cela ne peut se faire que par un Plan global en développement régional transversal, définissant comme eut à le dire Edgar Morin, « que la complexité réside dans la transversalité » telles :
- la résolution structurelle du tourisme interne et du pouvoir d’achat familial en substituant un maillage de pôles éco-familiaux, à la chambre d’hôtel standardisée, inaccessible aux ménages marocains Cf « Mohamed Berriane définissant que 92% des familles définissent ne pas en avoir les moyens », avec des parcs oasiens de détente aquatique, d’animations sportives, numériques et de complexes golfiques d’arrière-pays conçus en architecture vernaculaire bioclimatique. Le TSGJB par un cahier des charges structuré gérant la transversalité en aménagement territorial, offre enfin à la famille marocaine de classe moyenne l’espace, la dignité et les tarifs maîtrisés que le Ministre appelle de ses vœux.
- l’autonomie écologique et la rentabilité immédiate par l’intégration verticale, répondant aux normes des 7 plans d’actions présentés par la Cheffe de gouvernement devant le parlement, et aux 10 principes de pragmatisme entrepreneurial rappelés par MHE récemment à la CGEM, et devant les patronats africains demandant de voir grand sous conditions de démarrer de façon graduée, en intégrant verticalement les ressources, en étant socialement et fiscalement irréprochable. Le modèle du TSGJB prévoit par contrat les obligations de produire sa propre énergie solaire, sa propre eau douce par dessalement au profit conjoint des sites et des douars riverains, et régénère ses sols arides par le biochar et la permaculture. Libéré des charges externes qui étranglent l’hôtellerie classique, ce modèle garantit aux investisseurs privés nationaux, aux PME et à la diaspora une rentabilité immédiate et durable, tant à court terme qu’au-delà de l’horizon 2030, propose des investissements régionaux faisant la liaison directe de la compatibilité de cette intégration et réceptivités par les populations locales.
- la réponse définitive à l’exode rural et au chômage des jeunes en considérant que plutôt que de vider les provinces intérieures au profit des chantiers côtiers, le « Contrat de Régénération du TSGJB », appuyé sur des moyens de formations de médiateurs implantés in situ et sur une gouvernance partenariale réarmant l’ANDZOA dans sa mission interministérielle, permettrait de former et fixer les jeunes, les artisans et les diplômés sur leur terre natale avec une protection sociale exemplaire. Il transforme ainsi un fardeau budgétaire d’exode rural subi par l’État en une création nette de richesse, de souveraineté et de fierté territoriale.
AUSSI S’AGIT-IL D’ASSISTER CE NOUVEAU MINISTRE
A OUVRIR SANS DELAI LA TABLE DES DECISIONS A CES ACTEURS ET AUX BATISSEURS DES TERRITOIRES
Le message se veut d’être d’une clarté absolue définissant la continuité accordée aux grandes chaînes hôtelières pour gérer l’accueil international classique qui ne doit plus servir de prétexte pour confisquer l’avenir et bloquer l’innovation territoriale.
Pour que la vision courageuse exprimée ce 28 octobre 2026 par Monsieur le Ministre du Tourisme se traduise en résultats mesurables dès 2027, il est désormais indispensable de briser les huis clos tel celui de Marrakech.
Il appartient au Ministère d’élargir immédiatement le cercle des plans d’action aux acteurs privés, aux métiers oubliés et aux pôles d’ingénierie rurale qui, à l’image des associations des Maisons d’hôtes, de l’AMDGJB pour le Territoire Soutenable du Géoparc Jbel Bani, des clubs d’animations et sans doute avec cette structuration nécessaire des métiers répondant pleinement aux vocations de l’Industrie touristique nationale, détiennent les clés opérationnelles du tourisme national, familial marocain, et d’une renaissance rurale pour l’équité spatiale du Royaume pour ains éviter le troisième vitesse. « Cela ne pouvant se faire sans des plans transversaux unissant les autorités ministérielles impliquées, assistées des professionnels au niveau national pour une meilleure vision inter régionale et d’une Agence régionale, sous autorité de la Cheffe de gouvernement, afin de se disrupter des possibilités actuelles, et répondre ainsi positivement aux injonctions définies par sa Majesté de rompre avec des formes de développements à deux vitesses »
SIMON Patrick René Denis Albert – Expert en Durabilité et Développement Territorial
Président de l’AMDGJB et de son Pôle de Compétitivité – Gestionnaire du TSGJB




