Journée Internationale des Coopératives : PLAIDOYER POUR UN NOUVEAU PARADIGME POUR LES COOPERATIVES ! DE LA TRANSMISSION ANCESTRALE A LA DISRUPTION ÉCONOMIQUE !
Par Patrick SIMON
Contexte : Direction du Développement Territorial, Territoire Soutenable du Géoparc Jbel Bani (TSGJB)
Introduction : Le Constat d’un modèle à bout de souffle !
Le modèle classique de soutien aux coopératives féminines du monde rural s’est longtemps limité à une approche conservatrice, maintenant les femmes dans un rôle de gardiennes exclusives du patrimoine tel le tissage traditionnel, l’agriculture de subsistance, l’artisanat figé. Si la sauvegarde de ces savoir-faire est essentielle, leur imposer cette seule perspective, en l’absence de réels outils de création moderne et de financements adaptés, revient à condamner ces structures à la précarité ou à la dépendance des subventions locales opportunistes.
Le constat sur le territoire du Jbel Bani est sans appel, pour générer de la valeur ajoutée et retenir notre jeunesse, il faut passer d’une logique de subsistance passive à une logique d’innovation active.
I/*- DEUX MOTEURS DU CHANGEMENT SONT A DISPOSITION MAIS NEGLIGES
« CONNECTIVITE ET PERFORMANCE SCOLAIRE »
Le diagnostic territorial met en lumière deux atouts majeurs, souvent sous-estimés par les directions et les délégations locales, qui rendent la rupture non seulement possible, mais indispensable :
- UN DESENCLAVEMENT NUMERIQUE REEL : Contrairement aux idées reçues sur l’isolement du monde rural, le territoire du TSGJB bénéficie aujourd’hui d’une couverture internet et d’un taux d’équipement qui permettent de court-circuiter les intermédiaires classiques. La tech et le digital sont à portée de main.
- L’EXCELLENCE SCOLAIRE AU FEMININ : Les données de terrain et les résultats scolaires régionaux montrent de manière constante que la relève féminine surpasse celle des garçons en termes de réussite, de persévérance et d’ambition académique.
*- LE PARADOXE TERRITORIAL réside dans le fait de former une génération de jeunes femmes connectées et brillantes, pour des métiers qui n’existent pas sur place, pour ensuite ne leur proposer, au niveau local, que des projets coopératifs calqués sur les schémas des décennies passées.
« La rupture de modèle est une obligation morale et économique ».
II/*- LES SECTEURS PORTEURS DE LA DISRUPTION
« DES EXEMPLES INSPIRANTS »
Le marché n’attend plus la simple répétition du passé mais demande au contraire de l’authenticité réinventée, de la durabilité et de la haute valeur ajoutée. Des passerelles existent déjà et prouvent que lorsque l’on fait confiance à l’innovation, le succès est au rendez-vous.
1. L’AGRO-ECOLOGIE, LES P.A.M ET LA VALORISATION MODERNE
L’avenir ne réside plus dans la vente de matières premières brutes à bas prix. Le modèle doit s’inspirer de réussites de structuration de filières comme celle de ces réussites de coopératives régionales, en les adaptant aux spécificités du Jbel Bani :
- Plantes aromatiques, médicinales (PAM) et mellifères : Passer à la production d’huiles essentielles certifiées, de compléments alimentaires et de miels mon floraux ciblés pour l’exportation et le parapharmaceutique. (Miel d’Euphorbe)
- Cosmétiques verts : Créer de véritables marques territoriales fortes, maîtrisant le packaging, le storytelling et le marketing digital (e-commerce) en exploitant ces plantes endémiques à ce territoire.
2. L’ÉCO-TRANSITION ET LA BIO-ECONOMIE
- Méthanisation : Intégrer les coopératives féminines dans la gestion de la transition énergétique locale. La production d’énergie verte ou de fertilisants organiques à partir des sous-produits agricoles offre des gisements d’emplois qualifiés pour la jeunesse diplômée.
3. L’ARTISANAT D’ART ET LE DESIGN CONTEMPORAIN
L’expérience de Farid Hasna avec la marque TITRIT Mode est à ce titre un exemple probant. Elle prouve que le tissage et l’habillement traditionnel, lorsqu’ils s’allient au design contemporain et à une vraie stratégie de marque, peuvent conquérir les marchés urbains et internationaux les plus exigeants.
L’artisanat du Jbel Bani doit et peut devenir de la haute création, pas un produit de bazar bradé au tourisme de passage.
III/*- APPELS A L’ACTION
EN FINIR AVEC L’OPPORTUNISME INSTITUTIONNEL
Le développement territorial ne peut plus se satisfaire de « concertations vitrines (rémunérées)ou d’actions de communication calculées uniquement que sur les calendriers électoraux ». Appels sont faits aux directions régionales, les délégations provinciales et les acteurs de l’entraide nationale, à l’INDH d’acter une rupture managériale pour :
- METTRE EN PLACE DES INCUBATEURS TERRITORIAUX DE PROJETS INNOVANTS, dédiés spécifiquement aux jeunes diplômés, dont les jeunes femmes du monde rural.
- FINANCER LE SOFT POWER : Allouer les budgets non plus seulement qu’aux équipements mais le faire pour les matières premières, des formations en marketing, de l’identité visuelle, de la gestion de la data et des techniques durables de commercialisations et à l’’exportation.
- CREER DES COMITES DE CONCERTATION PERMANENTS ET TRANSSECTORIELS (Agriculture, Artisanat, Tourisme, Énergie) pour sortir du travail en silo qui paralyse l’innovation locale.
LA VOIE D’UN « BOTTOM-UP » REGENERATIF
Le regard porté sur la femme rurale doit changer, elle n’est pas le vestige d’un passé que l’on assiste, elle est l’actrice principale de l’économie régénérative de demain. En capitalisant sur sa formation, son intelligence et les outils numériques, le territoire rural peut et doit devenir le laboratoire d’un entrepreneuriat rural moderne, fier de ses racines mais résolument tourné vers l’avenir.
Espérant que ce canevas de rapport puisse être partagé, enrichi ou intégré dans les documents officiels pour faire bouger les lignes auprès des décideurs locaux.
Patrick SIMON
Président AMDGJB qui gère le Territoire Soutenable du Géoparc Jbel Bani




