Le coût exorbitant de l’analphabétisme territorial
Le Piège de l’Emploi et l’illusion des formations ?
L’urgence d’un électrochoc territorial face au cap atlantique de 2026
« Quand le déficit d’ingénierie prépare l’exil des jeunes »
Le Royaume du Maroc déploie une vision géopolitique magistrale avec l’Initiative Royale pour l’Afrique Atlantique. Pourtant, à l’ombre de ces mégaprojets du Port de Dakhla et du Gazoduc Nigéria Maroc, une faille systémique menace ces fondations en l’incapacité chronique de ses territoires ruraux à générer de l’emploi.
Au cœur de ce naufrage, un double déficit de formations, celui des élus qui décident, et celui imposé à une jeunesse qui finit par fuir.
Il est temps de réviser le mythe d’un État central seul pourvoyeur d’emplois.
Il y a une amère ironie à observer cette jeunesse se presser aux portes de l’Europe, nourrissant les tragédies de Sebta et Melilla, alors que le pays lance des chantiers continentaux historiques. Ce paradoxe n’est pas une fatalité macroéconomique. C’est le symptôme d’une faillite locale, celle d’une ingénierie de l’emploi sacrifiée sur l’autel de l’incompétence territoriale.
Le double aveuglement, quand l’élu non formé « déforme » sa jeunesse.
La racine du chômage endémique dans nos régions oasiennes et rurales réside d’abord dans la non-formation de ses propres élus régionaux et locaux au Développement Territorial. Incapables d’analyser le potentiel vernaculaire de leurs zones, refusant toutes nouveautés, effrayés par l’exigence de formuler des projets locaux en phase avec les bouleversements climatiques. Ces décideurs s’autoexcluent de la chaîne régalienne de création de valeur.
Pour masquer ce vide conceptuel, la réponse institutionnelle locale a trouvé un refuge toxique, la prolifération de programmes de formations standardisés. On forme à la chaîne pour des métiers du tertiaire urbain ou de l’industrie classique des jeunes issus de zones frappées par le stress hydrique, sans aucune concertation avec les professionnels locaux.
Le résultat est implacable, on ne qualifie pas la jeunesse, on la prépare à l’exil !
L’exode rural, la facture à 285 milliards d’un emploi sacrifié.
Les données sont tétanisantes. Le refus d’investir dans un développement et des formations adaptés à la ruralité pousse à l’exode ! Il est bon de rappeler que pour un million de citoyens vers les périphéries urbaines, le coût de cette hémorragie peut se chiffrer jusqu’à 285 milliards de Dirhams sur la décennie à venir en infrastructures, santé et assistanat social ! Ce chiffre ne fait que démontrer l’urgence à réviser le système actuel qui impacte de trop nombreuses régions depuis trop longtemps oubliées. Maintenir ce statut coûterait cinq à dix fois plus cher que d’amorcer une véritable disruption de l’emploi local en abandonnant le et les territoires, ce serait financer à perte la précarité urbaine actuelle !
Un « Plan B » par des formations aux métiers de la disruption.
La souveraineté du pays exige des « Plans B » urgents et lucides. L’emploi de demain ne se décrétera pas depuis des bureaux climatisés, il naîtra d’une reconnexion brutale avec des réalités climatiques et identitaires, structurée par un modèle contractuel de type ASAD (Un contrat de Régénération).
Il faut imposer de nouvelles grilles de formations disruptives pour contrer les menaces mondialisées :
- Face à l’uniformisation numérique, la formation aux métiers du patrimoine et de l’ingénierie culturelle rurale pour s’accorder aux exigences vernaculaires.
- Face au tourisme de masse, la qualification d’experts en éco-tourisme à haute valeur ajoutée, respectueux des capacités de charge pour s’accorder aux exigences culturelles locales.
- Face à la robotisation industrielle, l’apprentissage des filières de l’économie circulaire.
- Face au stress hydrique, la formation pointue à une agriculture vivrière technologique, couplée aux énergies renouvelables, seule garante du maintien des populations sur leurs terres.
2026 ? – L’École de la Sagesse pour éviter l’économie de transit.
À l’aube de l’échéance de septembre 2026 pour le Maroc, et de celle de l’intégration des 13 pays atlantiques via le Port de Dakhla et le Gazoduc Nigéria-Maroc qui vont redessiner son économie comme celles, Africaine Atlantique et Sahélienne, ces infrastructures souveraines de développements ne doivent pas se contenter de survoler nos régions charnières sans les irriguer.
Pour que les territoires captent ces flux, l’État doit savoir dorénavant imposer une conditionnalité stricte, plus aucun financement régional ne pourra être débloqué sans qu’une ingénierie de l’emploi local soit prouvée.
Pour cela, il faut absolument recalibrer le logiciel même des décideurs. C’est la vocation impérieuse d’une École des Itinéraires de la Sagesse Africaine qui devra doter les élus et les acteurs locaux d’une matrice de formation endogène. Cette urgence de repenser l’ingénierie, si elle est vitale pour la ruralité, s’applique d’ailleurs tout autant aux espaces urbains et périurbains face aux mutations industrielles et à la révolution rampante du numérique.
Il s’agit de penser l’économie à l’échelle nationale et continentale,
tout en créant l’emploi qui sauvera les territoires.
Patrick SIMON – Tata Le 31 Août 2026




